Changer de prestataire informatique est souvent imaginé comme un sujet technique. En réalité, c’est surtout un sujet d’organisation, d’anticipation et parfois de mémoire.
Mémoire des accès.
Mémoire des dépendances.
Mémoire des habitudes.
Mémoire aussi de tout ce qui n’a jamais été documenté, parce que “ça fonctionnait comme ça depuis longtemps”.
Dans une PME, cette transition peut très bien se passer. Mais elle peut aussi devenir pénible si l’on découvre, trop tard, que le contrat actuel ne prévoit pas vraiment la sortie, que l’inventaire n’est pas à jour, que les applications critiques ne sont pas cartographiées ou que la coopération du prestataire sortant repose davantage sur sa bonne volonté que sur des engagements formalisés. C’est précisément pour éviter cela que certains points doivent être vérifiés avant toute bascule.
La réversibilité : le sujet que tout le monde néglige… avant d’en avoir besoin
Dans l’euphorie d’un nouveau projet, beaucoup d’entreprises regardent le futur prestataire en infogérance et oublient de sécuriser la sortie de l’ancien.
C’est une erreur classique.
Avant de changer d’infogéreur, il faut vérifier :
- le préavis
- les éventuelles pénalités
- l’existence d’une clause de réversibilité
- les engagements précis du sortant pendant la transition
Quand la clause n’existe pas, ou quand le préavis dépasse six mois, le risque devient réel. Non seulement le calendrier se tend, mais l’entreprise se retrouve dépendante d’un partenaire qu’elle a déjà décidé de quitter. Nous sommes confrontés également à un cas fréquent : la coopération “de bonne volonté”, sans cadre contractuel. Sur le papier, cela semble cordial. Dans les faits, cela peut devenir très aléatoire.
Ce qui manque le plus souvent : une documentation exploitable
La sortie d’un prestataire repose rarement sur un grand secret technique. Elle bloque plus souvent à cause d’une documentation incomplète.
Ce qu’il faut récupérer et cadrer :
- les accès
- les mots de passe administrateurs
- les documents techniques
- les runbooks
- les éléments de configuration
- les contrats tiers liés à l’environnement IT
La fiche mentionne clairement le risque d’absence de runbook formalisé ou de documentation non maintenue. C’est un sujet majeur pour les PME : lorsque l’environnement a grandi progressivement, beaucoup d’informations sont restées dans la tête de quelques interlocuteurs. Le jour du transfert, cette mémoire implicite devient un point de fragilité.
Avant de basculer, il faut connaître précisément son propre système d’information
On pense parfois qu’un nouveau prestataire va “remettre tout cela à plat” une fois en place. C’est lui demander de courir un marathon en apprenant à lacer ses chaussures.
Une transition sérieuse suppose d’abord de se remettre au clair sur son existant :
- inventaire du parc
- licences
- contrats tiers
- CMDB si elle existe
- applications critiques
- dépendances techniques
Dans une PME, cela crée souvent des surprises très concrètes. Un serveur “secondaire” se révèle indispensable à une application métier. Une licence oubliée bloque une reprise. Une configuration spécifique n’est documentée nulle part. Rien de spectaculaire individuellement ; très compliqué collectivement.
Le plus important n’est pas seulement de sortir, c’est de redéfinir ce qu’on attend
Un autre écueil fréquent consiste à changer de prestataire tout en conservant exactement le même cahier des charges que l’ancien contrat. Un cahier des charges en mode copier-coller est déjà un signal d’alerte.
C’est logique. Si les besoins de l’entreprise ont évolué, reprendre les anciennes lignes sans les questionner revient à déplacer les problèmes d’un prestataire à un autre.